Opération Panama (8/8) : un dénouement dramatique
La dernière opération est le re-matage.
Sans quoi, rien n’aurait de sens. Je sentais bien que ce ne serait pas une partie de plaisir, la suite ne le démentira pas ….
Le matin nous allons prendre la dimension du problème : une grue jaune fort sympathique mais que j’aurais préféré voir dans les dessins animés de Léo, un grutier peu causant qui dit connaître son affaire. On nous propose l’horaire de la marée haute ( plus de 4 mètres de marnage ici ! ), soit disant plus propice pour immobiliser Dolce Vita au dessus des rochers, en dehors des heures de fonctionnement des embarcadères à touristes. Il n’y a aucun quai pour s’appuyer.
À 16h30 nous nous présentons. Il faut tenir compte d’un fort courant et d’une brise soutenue. L’amarrage de Dolce Vita est problématique avec le ressac de la berge, et l’absence de solides points d’appuis. On amarre Dolce Vita comme on peut : à des voitures, à la grue, à un bateau de tourisme. Je dois donner de la voix pour mettre un terme à tous les débats sans fin sur la meilleur disposition des boutes.
Aidé d’une grue préhistorique et avec Dolce Vita qui danse la salsa au dessus des rochers, je ne vois pas comment, sauf un miracle, il sera possible de conclure ce travail qui demande une précision inférieure au cm.
La marée descend, c’est maintenant ou jamais !
Je remonte la dérive et le safran, place l’élingue sous la deuxième barre de flèche et demande quatre volontaires. Une annexe arrive avec 2 matelots bien charpentés. Je préviens que c’est insuffisant, et dois menacer d’avorter l’opération en l’absence de renforts supplémentaires. Ma détermination vient à bout des résistances, et commence peut être insidieusement à ébranler la toute confiance placée dans la grue. Nous sommes désormais six à bord.
Je répète une dernière fois le plan d’action à tout le monde. La grue se met en branle. Le mât s’élève mais décrit une drôle de trajectoire : il penche dangereusement vers la grue à l’agonie. Tout les six nous portons le mât à bout de bras et tentons malgré tout de l’emmener sur son embase. Avec Francisco nous fonçons à la proue pour goupiller l’étai, puis embraquons les bastaques.Sur fond de crépuscule naissant, une vision dramatique s’offre à tous.

Le mât, à l’oblique, se décroche de la grue. Il n’est plus tenu en équilibre que par une simple corde. : « Vite ! Quatre gaillards pour tirer sur le hauban !». En toute hâte, je reprends bastaque et haubans sur deux winchs afin de soulager les équipes. A la force des winchs nous redressons très doucement le mât, et revissons les ridoirs au fur et à mesure.
Nonobstant une lucidité entamée par quatre jours de supplices routiers, portuaires et bureaucratique, il faut agir calmement, éviter l’irréparable, après tant d'efforts, pour mener à bien notre projet familial. Mais il faut aussi aller vite pour devancer la marée descendante et les rochers qui ne manqueront pas de lacérer la coque et faire tomber le mât.Une fois le mât vertical, je remonte libérer l’élingue, et nous évacuons la zone pour nous mettre à l’abri le long d’un quai. Tout le monde est épuisé. Heureux. Un dernier supplice nous attend: vent et marée poussent si fort, qu’il n’est plus possible de repartir, nous sommes coincés perpendiculairement à deux navires ! Il nous faudra une heure de manœuvres de cordes, de nuit, pour sortir de ce mauvais pas et regagner enfin le mouillage.

Au final, ce seront plus de 60 personnes qui auront oeuvré à cette première.
Un grand merci à tous !
Un très gros travail de remise en ordre est désormais nécessaire pour repartir vers les îles du Pacifique. Avec un peu de chance et de détermination tout finit donc par s’arranger.
Moins sérieusement, l’aventure aura permis de trancher le débat sur la supériorité du dériveur intégral et de sa belle polyvalence !
Je me demande si d’autres candidats emprunteront de nouveau cet itinéraire alternatif. Si l’aventure vous tente, vous pouvez contacter Erik Galvez : Centenario SA - info@centenarioconsulting.com, à Panama City.
- THE (HAPPY) END -

7 commentaires:
Quel stress !! j'imagine les gouttes de sueur ! et maintenant, le bateau est-il au point pour repartir vers de belles iles à nous faire visiter ? biz à vous 4
BRAVO à tout l'équipage et à tous les autres participants. Ma moitié (jean luc) fabriquant d'appareil de levage sera sans doute interressé par le récit d'une belle aventure qui a demandé du savoir faire et des nerfs à toute épreuve. bonne chance pour la remise en ordre du puzzle
un vrai remake du salaire de la peur !!! ouf ca finit mieux ;-)
bonne suite et gros bisous
ma&dam
Bien sûr en ayant d'abord appris que vous filiez vers les Galapagos par mail, avant de lire ce récit sur le blog, on savait qu'il fallait rester rassurés, mais le talent de Vincent pour ménager le suspens et partager tout le stress qui a pu être le vôtre est édifiant!
On en frémit, on transpire à la lecture de ces lignes!
Marilia, le Salaire de la peur, c'est avec Yves Montand et Burt Lancaster, non?
Mais heureusement, il n'y a pas de nitro à bord de Dolce Vita!
Par contre, l'épisode dans la cabine du semi-remorque, les yeux rivés sur le cadran de la montre, à redouter les avaries de circulation, n'en est pas loin..
Yves Montand a joué dans un autre film le rôle d'un camionneur débardeur dans le grand nord canadien, aux prises avec le syndicat des transporteurs, et le réalisateur ou l'assistant, je ne sais plus, est sur ce film Pierre-William Glenn, qui a aussi réalisé le docu Le cheval de Fer à propos du monde des GP moto dans les années 80, et un superbe polar haletant, tout autant filmé dans le milieu de la compé d'endurance tomo, très typé, même: "23h58".
Revenons à nos aventuriers du Pacifique, désormais, et avec impatience, dans l'attente des nouvelles de leur escale suivante, puisqu'ils sont en train d'attaquer des séries de traversées importantes, pour leur envoyer nos pensées, de chaque jour, notre amour, et nos félicitations émerveillées!
Merci, merci d'être aussi entreprenants, confiants, vaillants...
Merci de nous offrir d'être avec vous à chaque instant.
Muitos besos ( me traduit Gwen ).
Votre récit nous fait sourire à chaque relecture, et ça, si vous saviez, c'est important pour beaucoup d'entre nous: cela nous rend le goût d'être heureux et confiants en pensant à vous!
A bientôt!
Marinheiros e marinheiras, esperamos que vcs desfrutem bons ventos até Marquises. Pelas fotos, a travessia do Panamá deve ter sido uma aventura e tanto.
Bia, Bianca já está nadando sem bóia, ela está toda orgulhosa! Beijos e abraços!
Oi amores,
deve ter sido uma aventura e tanto, atravessar o Panamá com um veleiro de 43 pés por terra. Vejo que foi tudo um suceso.
Tive a notícia que vocês farão a travessia do Pacífico praticamente de uma vez só. Torço pelo suceso dessa aventura. Estamos saudosos.
Aqui está tudo em paz, aguardamos mais notícias.
beijos Beto, Jaque, Digo e Rafa.
De la part du copain de Philou, Jacques Papykawa, de passage au Ferret ce samedi, une idée pour la prochaine fois: se faire gruter sur le pont du premier cargo qui traverse le canal.
A Bordeaux, on n'a pas tous un bateau, mais on a des idées, même si la vôtre n'était pas banale!!!
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