lundi 21 avril 2008

Opération Panama (7/8) : la chevauchée fantastique

Après une heure de paperasse, l’attelage doit maintenant passer sous la toise du port « 5,25 mètres ». Une première mesure indique 5,9 mètres. On démonte l’antenne VHF du radar, pour atteindre les 5,7 mètres. L’éolienne est décapitée, nous sommes désormais à 5,3 mètres. Encore un petit effort, un «jeitinho» : je tords vers le bas la frêle girouette de tête de mat pour gagner les 5 derniers centimètres. Nous n'allions plus la revoir.



L’imposante marche de notre convoi penta-mètrique, sous escorte et affublé d’un agent des douanes bouleverse le trafic urbain que nous fendons comme on traverserait la houle.

Il ne faut pas traîner car le travel-lift coté pacifique ne fonctionne plus après 16 heures. Le douanier bougonne « à moins de 40 Km/h c’est l’amende ! » Subodorant son intention de diminuer par quatre sa journée de travail, je monte avec lui dans la voiture pilote afin de superviser personnellement la pédale d’accélérateur.



Dès la sortie du port, et ses routes défoncées, nous comprenons qu’il ne sera pas aisé de dépasser les 10km/h sans risquer la casse du mât. La caravane doit régulièrement s’arrêter pour soulager les embouteillages qui se forment, franchir les ponts, soulever les câbles électriques qui barrent le passage et esquiver les arbres. Nous empruntons la route nationale, en chantier pratiquement de bout en bout, et saturée de camions. Ceux-ci, impatients, nous frôlent ; les voitures excédées doublent par la droite, par le bas coté, ou vice et versa.

Crack ! La girouette vole en éclat contre le tablier d’un pont …




Avec Patricia, nous avons du mal à respirer, la chaleur suffocante rend l’atmosphère électrique. Francisco, en acrobate sur le pont, fait des miracles, dévie lignes et branches à l’aide d’une gaffe, sous les regards amusés et ébahis des spectateurs massés le long. Par de grands signes, il demande un arrêt d’urgence. Il essaye de soutenir le mât.

Que se passe-t-il ?

Les vibrations viennent de faire glisser les supports en bois calant le mât. Sur la remorque on s’affaire à tout remettre en ordre, alors que se crée une monumentale retenue de trafic à l’arrière.

Dans la voiture de devant l’ambiance s’épaissit. Le douanier, l’œil mauvais, rivé sur sa montre et l’aiguille du compteur irrémédiablement collée à la marque des 10km/h, est de méchante humeur. La promesse d’un bon casse-croûte n’y change rien. La gendarmerie nous arrête, et nous perdons encore 20 bonnes minutes en négociations diverses.

Je décide de rejoindre l’arrière du convoi où se trouvent Patricia, Bia et Léo ; l’air y est meilleur.

Léo est tout guilleret : le camion, le bateau, et surtout les montagnes ! Il vient de comprendre à sa manière le plan secret. Puisque sa grand-mère Mimi ne vient pas le voir sur le bateau, on a tout mis sur un camion et direction les montagnes !

Une descente prononcée. J’ai le sentiment que Dolce Vita glisse. Nous-nous portons à sa hauteur : le safran semble appuyé contre la cabine du camion. Catastrophe ! Nouvel arrêt. Heureusement, ce n’est qu’une impression, en tournant la barre nous retrouvons quelques centimètres d’espace, et pouvons repartir.

17 heurs déjà ! Encore 15 Km à parcourir… Une voie express nous redonne provisoirement un peu le moral, jusqu’à l’arrivée à un péage. De l’arrière, nous serrons les dents, les bouchains joufflus de notre ovni vont écarter les cabines.


Danny a été clair « la condition, c’est que le camion soit revenu lundi à Colon ». Toutes les 10 minutes nous passons un rituel coup de fil à l’opérateur du travel-lift, pour le calmer et le faire patienter.

Une pancarte indique 500 mètres. La route est étroite, et ça n’avance plus. Nous poussons un blindé de transport de fond sur la pelouse de la promenade.

L’opérateur ne veut plus attendre. Avec Erik nous parcourons les derniers mètres à tombereau ouvert pour aller aider notre homme à retrouver la raison. Il a la fièvre, comme nous tous.

Une dernière marche arrière pour «coucher» Dolce Vita sur son lit, et à nous le Pacifique … Presque ! Un camion de livraison stationné au mauvais endroit bloque la manœuvre finale. La nuit tombe. La douce lumière des bars alentours baigne le patio. A plusieurs nous déplaçons le camion, la voie est désormais libre …


Dormir dans notre bateau, notre bateau à l’eau, celle de l’Océan Pacifique, une nuit réparatrice après un bon steak frites et une bière ! La troisième manche vient d’être remportée, mais les organismes sont marqués.


La suite au prochain épisode...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ici on en voit, des pinasses en remorques, qui étirent parfois sur des hectomètres des files de véhicules transportant des impatients urbains en manque de philosophie, mais votre routage, c'est le plus beau qu'on ait jamais vu, parole!

C'est la Terre qui est petite, et vous qui êtes grands!

Denis et Cnie a dit…

On attend le volet 8/8 avec impatience....Les esprits doivent "reprendre leurs esprits" après cette épopée.On vous insuffle un peu de notre Dolce Vita a nous pendant notre aqueduc de mai bien hexagonal....