dimanche 5 avril 2009

Entre Maldives et Seychelles

( 1° Nord, 62° Est )


Nous quittons Les Maldives le 28 mars, laissons derrière notre beau lagon qui se fond doucement dans l'imensité bleue de l'Océan Indien. En fin de Mousson du Nord Est, les vents seront probablement faibles dans cette région du monde ...

.. 7 jours plus tard ...

Le vent souffle très légèrement ( entre 3 et 6 noeuds ) par intermittence et selon des directions très variables, sur une mer lisse ; la coque de Dolce Vita glisse à plat sur cette étendue calme et déserte, que troublent les gargouillement des bulles d'air s'échappant du sillage et le claquement des voiles en manque de souffle. Nous n'aurons aperçu, de jour ou de nuit, aucun bateau. Mais les quarts ne sont pas sans intérêt, le petit temps offre beaucoup de manoeuvres de voile pour exploiter au maximum les conditions fragiles. Quelques cales dans les mains ré-apparaissent, rançon de longues journées à tirer et ranger les écoutes. Nous avançons de plus en plus doucement, n'utilisons le moteur qu'avec la plus grande prudence car il faudra encore du combustible pour franchir l'équateur et le poteau noir. Néanmoins le moral est bon, meilleur que nos moyennes journalières qui reflètent si mal notre peine.

Dans les temps de repos je lis, écoute les podcasts de France Inter passés par nos amis Marc et Julie de Zorba, rêve, pense à Marilia et Damien, Patricia, Bia et Léo que j'ai si hâte de retrouver. Une fois par jour je lève le courrier. Sergio et Leila, peut être Luiz Carlos, me disent qu'ils viendront se joindre à l'équipage. De belles commémorations à la brésilienne en perspective. Et toujours la présence fantômatique des pirates somaliens qu'un ami m'annonce au large des Seychelles. Pour l'instant ils sont discrets, et je préfère me réjouir d'une risée qui décolle les cheveux ou des nouvelles de la terre qui chaque jour illuminent le bord.

Dolce Vita connaît bien cette zone que l'on appelle le poteau noir : en Atlantique en descendant vers le Brésil, dans le golf de Panama, en mer de Java. Je n'avais pas encore connu un tel phénomène de navigation : le nuage farçeur. Le crédit d'heures-moteur de la journée est déjà épuisé par des conditions météos tragiquement calmes, le vent est si faible qu'on ne sait pas dire si on avance sur la surface, un imperceptible clapot suffit à faire claquer les voiles, la bôme et vos nerfs... la nuit arrive, et vient son tour de quart. Allongé sur le banc du cockpit à méditer les yeux vers la voûte étoilée, seule la survenue d'un évènement improbable peut nous sortir de cette torpeur indienne. Je réalise alors qu'il n'y a plus d'étoiles, je suis dans l'ombre de la lune, un petit nuage tout noir, le seul dans un ciel étoilé d'un horizon à l'autre, est venu comme s'immobiliser au dessus, nous tenir compagnie. La girouette commence alors à s'animer, et une légère brise à pousser. L'eau défile à nouveau. Toute la nuit Dolce Vita et le nuage ne se quitteront pas. Vers 5 heures du matin les premiers rayons de soleil font fondre le nuage qui s'évanouit avec la brise. La nuit suivante on reprend son quart, une fois de plus, mais avec, maintenant, un secret espoir.



Arrivée aux Seychelles prévue aux alentours du 12 avril.

2 commentaires:

leilani a dit…

Bonjour Vincent,

Plusieurs d'entre nous de l'ovni-club lisent tes aventures avec beaucoup d'intérêt.
Le passage de Bonne Espérance l'hiver
d'après ceux qui connaissent risque d'être sport, va falloir se mettre à l'abri souvent et essayer de naviguer entre les dépressions, mais certainement préférable à vouloir trop pousser sa chance au large des côtes de Somalie ...
En attendant bon poteau ... pot au noir !

marilia a dit…

Grand-frère, hâte d'avoir de tes nouvelles en ce moment où tu approches des seychelles... nos pensées et ondes positives vous accompagnent. a tres vite, marilia.