Pensées indiennes
Dolce Vita, au cap 260, fait route droit sur Durban, Afrique du Sud.
Nous venons de passer la pointe de Madagascar et ses vagues erratiques. L'air est plus frais, son fond me rappelle les belles journées d'automne en montagne, brise légère, intense radiation solaire qui active l'épiderme, et les souvenirs d'une époque aux horizons tout en relief.
Léo, sache que je surveille toujours (même d'un oeil la nuit) Tio Catao qui fait usage de ton arsenal de pêche. Avant-hier on a tout sauvé du naufrage, il avait oublié de garder les lignes pendant la nuit !! Bia, je suis fier de toi, de ta capacité à briller sous toutes les latitudes... attends- moi , c'est sûr, on va le rider le swell de Salvador.
La nuit arrive. J'enfile les couches de vêtements, ma vieille polaire montée en haut de l'Aconcagua. Jamais je n'aurais pensé, depuis le col du Bivouac "Berlin", respiration difficile, allongé aux côtés de mes compagnons de cordée Matthieu et Alban, qu'elle me tiendrait un jour compagnie au milieu de l'océan. Cette relique est plus qu'une enveloppe de bonheur, de chaleur : c'est aussi l'incarnation d'un être exceptionnel qui veille et me couvre en permanence de son amour. Patricia, dans le froid de l'hiver indien tu es à mes cotés. Et puis il me reste encore tout un stock de vieilleries (duvet, frontale, baudriers) au cas où le climat se durcirait...
Ce parcours de maintenant presque deux ans à travers les océans est d'une richesse incroyable. Apprendre à relativiser les difficultés, à accorder aux choses leur véritable valeur, à communiquer par la pensée, à vivre le moment présent. Avec Sergio et Marcelino nous partageons ce moment unique, simple. Dans quelques heures seulement nous allons connaître le courant des aiguilles qui descend le long de l'Afrique, et qui occupe un volume important de la littérature marine.
J'ai confiance. Il fait beau.

3 commentaires:
Ce 13 juin, donc, ce sera le premier commentaire à ton message du 6 juin, c'est à dire depuis que l'airbus d'Air France a sombré entre Rio et Paris.
Sans vouloir être le premier à rompre un silence, il faut juste écrire ici toute la compassion que nous sommes nombreux à éprouver pour celles et ceux qui souffrent depuis près de deux semaines, et nos pensées d'amour en souhaitant qu'ils puissent trouver la force et le réconfort auprès de leurs proches restant à leurs côtés.
A elles et à eux, notre sympathie, notre affection et nos condoléances.
Tu parles de Madagascar, que vous avez doublé désormais.
Voici bientôt dix ans, j'écrivais après un évènement d'une rare majesté et d'une immense et merveilleuse intensité émotionnelle, l'éclipse totale de soleil admirée sur les hauteurs au-dessus de la Meuse avec Léa, Marine et Gwen, que la prochaine visible en France serait en 2100.
En 2100 il y aura chez nous des humains pour s'émerveiller d'une éclipse, si et seulement si nous aurons effectué, d'urgence désormais, la tâche immédiate et indispensable de changer nos habitudes et nos développements industriels et technologiques à l'échelle planétaire.
Le film de Yann-Arthus Bertrand, Home, à prononcer en français, comme le nom des hommes, ou en anglais, comme celui de la planète qui est notre maison, ou encore et surtout comme nos amis du Tibet qui ont été obligés de fuir la leur, Ôm, nous interdit désormais de prétendre ignorer les tenants et les aboutissants des choix de nos décideurs.
YAB a voulu que chacune et chacun puisse le voir, que cela soit en salle, où nous sommes allés le voir avec les enfants, en dvd dans le commerce, ou immédiatement de chez soi sur internet en HD pour celles et ceux qui disposent d'une configuration très performante, ou en qualité courante pour les autres, mais de partout dans le monde il est accessible gratuitement, et l'auteur a même déclaré que le téléchargement n'en serait pas poursuivi, ce qui est plus qu'un engagement d'auteur au moment où des débats animés ont précédé en France l'adoption précipitée d'une loi controversée en la matière, mais un véritable manifeste pour la Terre et les terriens, les animaux, et leurs cousins les végétaux, comme pour le monde minéral lui aussi surexploité et spolié, détruit.
http://www.home-2009.com/fr/index.html
( suite dans le second commentaire, because : "Impossible d'accepter votre texte HTML: Must be at most 4,096 characters" )
( suite du précédent commentaire )
Tu parles de Madagascar, que vous venez de doubler sans y accoster, puisque cela n'était pas compatible avec le projet de navigation qui doit vous voir rentrer à Salvador au début de septembre.
Or, en 1999, la prochaine éclipse totale de soleil observable après celle du 11 août, sur la Terre, à venir, était celle de Madagascar le 21 juin 2001.
Et j'avais écrit en 1999: qu'irions nous voir à Madagascar?
Cette île détachée du continent africain est demeurée comme un musée vivant de la faune et de la flore où l'évolution n'aurait pas imposé ses changements des espèces depuis lors, et y subsistaient des animaux et des végétaux ressemblant à ce que la Terre portait il y a 200 millions d'années, jusqu'à ce qu'en quelques décennies l'action de l'homme annihile des trésors de la Vie qui resteront ignorés car encore inconnus, alors que la forêt primitive y est décimée et ses habitants condamnés à disparaître.
L'érosion provoquée par les régimes de moussons sur des sols dénudés de tout couvert végétal y creusait déjà des entailles profondes de centaines de mètres.
Elle provoquait autour des estuaires des rivières une coloration ocre de l'eau de la mer sur des kilomètres, et des panaches triangulaires ressemblant désespérément à des hémorragies inexorables.
Et sur l'île, la mort jusqu'à celle du minéral, nous ramenant aux temps où la planète n'était encore que recouverte de roche nue.
Que seriez-vous allés voir à Madagascar, après avoir visité les lieux les plus magnifiques du tour de la Terre sous ces tropiques pas tous si tristes, et bien heureusement?
La Terre est celle que vous avez explorée, à l'invitation de Dolce Vita qui porte ici son nom de la manière la plus belle qui soit.
Mais elle est aussi celle qui nous apporte tout ce qui nous permet d'exister.
Vous, les marins, les montagnards, vous en connaissez la majesté et la force ultime, lorsque vous n'avez que l'humilité et le respect pour savoir la limite de ce qu'elle vous permet de connaître comme plénitude et exaltation à partager ses véritables trésors :
ceux de quelques minutes offertes, de contemplation de notre unité avec le monde, et de dépassement de nous-mêmes dans cette union, nous, si minuscules.
Au prix d'efforts parfois très engagés, ou douloureusement difficiles, mais jamais vains.
Il subsiste ici aussi une "relique"; elle vient de toi, Vincent, et je la conserve avec conviction et bonheur : c'est un coupe-vent en patchwork de nylons fluo "ViDi-Line" de ta facture. En 1988, tu avais seize ans et tu t'envolais en snowboard dans le ciel de Prapoutel. On a la photo encadrée aussi, avec des azurs éclatants qui n'ont rien à se reprocher, eux, dans l'équilibre des couleurs, Marilia!
Au cas où le climat se durcirait, c'est promis, je la porterai en balade à la montagne ou bien sur la plage estivale, en solidarité en pensant à vous, quitte à passer pour un hurluberlu.
Il peut sembler surprenant que sur un bateau, où chaque hectogramme est compté, tu aies emporté un "stock de vieilleries", alors que le tri indispensable avant d'embarquer permet plutôt de se débarrasser de tous les encombrements incompatibles avec la sérénité zen.
Assurément, le baroudeur avisé a conservé l'essentiel sous toutes les latitudes...
Nous recevons tes mots calmes et tranquilles en partageant ta confiance, et vous adressons nos encouragements et notre confiance en retour.
Bien affectueusement.
Philou.
Bonjour ici aussi et toute notre affection aux grands-parents en titre, désormais, Michel et Marie, à Dam de Ma et à Matt et Sandrine qui pouponnent en hiver, au printemps, et bientôt en été, et à leurs moussaillons en herbe, sans oublier, bien évidemment, Mayette et André et les cousins de notre capitaine et leurs enfants, de ce côté de l'Atlantique, y compris les enfants de Béa et de François, de Georges et de Gin, de Claire et de son époux, et leurs enfants ( nés ou à naître, puisqu'il y en a qui viennent encore jusque dans nos montagnes partager notre responsabilité de la planète! ).
Et puis, à Léo, Bia et Patricia, et à toute la famille brésilienne, tout autant, nos égales pensées d'affection et d'amour.
Vincent, ta confiance et ton assurance sont pour nous tous un cadeau pour nous apprendre à porter notre devenir mutuel, commun, avec force et volonté.
Merci à toi.
PhildeGwen.
Enregistrer un commentaire