mercredi 27 février 2008

Ilha dos lençois (brazil)

Lattitude 01°19.0465 S

Longitude 044°53.1611 O


Nous laissons loin à bâbord Sao Luis capitale du Maranhao, et poursuivons directement vers une île isolée, « ihla dos lençois ».


L’arrivée se fait de nuit au milieu des grains, de quelques barques de pêcheurs, des hauts fonds et des « barras » ou brisants d’entrée de haut fond. Les dernières nuits, peut être un peu trop courtes, embrument lourdement mes pensées lorsque Patricia regagne la couchette et me laisse la barre.
Je me guide comme je peux, décide de faire un tour au large, et de revenir avec le soleil – quand les grains l’autoriseront à percer.




L’île se dévoile petit à petit. De grandes dunes coté océan, des mangroves et rivières coté continent. Des échassiers, des baraques de pêcheurs qu’on appelle des « ranchs », les vasières, les pithiviers grouillant de crustacés et autres invertébrés pas toujours amicaux bordent la berge. Nous glissons sur l’eau calme qui reflète les dégradés verts de la végétation. Des silences brisés par des envols d’oiseaux de mille sortes, surgis de la forêt, et notamment des escadrons d’ibis dont le plumage rouge vif tranche dans le paysage.
Je voudrais ce moment, partagé en famille, éternel.

ranch de pêcheur

Nous, les intrus, avons besoin de prendre nos marques et de commencer à faire partie des lieux. Nous mouillons derrière la dune en face des deux petits villages de Lençois et Botavento. Une idée me vient : pourquoi deux villages en ce lieu reculé ? Un seul n’était-il pas plus facile ? Quelle qu’en soit la raison nous partons a leur rencontre.
A Lençois, nous choisissons l’approche de loin, à la faveur d’un débarquement épique où Bia perdra une chaussure dans des sables mouvants. En l’état normal nous serions des extraterrestres débarquant. Avec une moussaillone à une chaussure nous ne sommes plus qualifiables. Petit à petit nous engageons des conversations. On nous indique la cabine téléphonique ….qui est une décoration au milieu des huttes, faite de branches et tresses de feuilles. Fou rire. C’est hallucinant. Le seul moyen de communication est donc de prendre un bateau.

Pendant que je profite des dunes avec les enfants où nous réalisons d’innombrables glissades sur les pentes les plus abruptes, Patricia, dont la sociabilité est la plus développée à bord, entre en discussion avec les pêcheurs pour assurer nos repas en poissons et crevettes. Elle connaîtra Seu Ribamar ( dit Zeca ou Zé pour les intimes ), rencontre déterminante. Après quelques transactions plus ou moins fructueuses, ce dernier nous propose une excursion pour le lendemain. Patricia, qui n’a qu’une confiance limitée, convie Milene, la fille de la patronne du bar, qui fait aussi épicerie. C’est la joie de vivre personnifiée.

La veille de notre excursion est consacrée aux travaux de toutes sortes. Mille et une routines qui seront interrompues par une opération de sauvetage aussi inattendue que dramatique et dont nous serons, depuis le cockpit, les spectateurs émus. Un chiot, aboie à la mort depuis un îlot se découvrant à marée basse mais malheureusement submergé jusqu’à la coupe des pithiviers aux hautes eaux. La marée monte. Patricia et Bia déclenchent l’alerte, et déroutent un bateau de pécheur qui ne comprend rien. Il faudra insister. Le chiot se jette à l’eau et nage. Un pécheur (qui sans l’insistance de Patricia aurait continué sa route sans même prêter attention aux appels désespérés) se sent maintenant contraint de se jeter à l’eau pour sauver l’animal. L’opération se termine, Stuart gagnant, de bras en bras, le bord de Dolce Vita et un nom - de par sa ressemblance avec la souris « little Stuart ». S’ensuit une opération de grande ampleur de remise en forme. C’est avec émotion et certainement tristesse que Patricia, Bia, Léo et Stuart retourneront à terre, au village de Lençois, pour se dire adieu.




Avant cette étape, nous avions l’impression de devoir partager un peu de notre confort matériel, mais une chose est sûre : tout cela n’était que relatif.
Ici il n’y a rien à acheter, ni à vendre. Pas de prix. D’ailleurs il ne circule pas d’argent. Les gens s’aident, se rendent des services. Jamais nous n’avons directement ou indirectement été sollicités pour donner des choses. Les échanges avec la population ont toujours été réciproques et selon les nécessités basiques se présentant. Le fait de parler la même langue ne crée aucun biais. On ne ressent aucune misère.


Les habitants ont le type cabocle, mélange de portugais et d’indiens. Extrêmement prévenants, ils parlent remarquablement portugais. C’est reposant. D’ailleurs, de repos, nous en avions besoin avant l’excursion qui va suivre…

Nous allons chercher en zodiac Ribamar et Milene, puis faisons route par les multiples méandres des Igarapés (cours d’eau qui délimitent les mangroves) dans un labyrinthe de végétation. Nous comptons sur notre guide du jour, Seu Ribamar pour nous mener à bon port : le phare de Sao Joao.



Mon attention est toute relâchée puisque notre guide connaît les lieux depuis qu’il est tout petit. Erreur.
Car il ne suffit pas seulement de connaître le chemin mais aussi la topographie des fonds ainsi que les stratégie de progression en fonction des marées. Un dernier envol d’ibis et puis plus rien, plutôt plus d’eau, nous sommes tous les six assis sur un pneumatique qui est posé sur le fond d’une rivière qui devrait être trois mètres plus haute.

Devant et derrière même constat. Que faire ? Deux options se présentent : attendre six heures la marée ou rejoindre à pied le phare qui ne serait distant que de quelques dizaines de mètres (finalement pratiquement 1 kilomètre). Malgré les doutes sur la qualité de notre guide le choix se porte sur la deuxième option et nous abandonnons le zodiac retenu par un bout frappé à une branche d’arbre.
La progression est tout de suite très sportive et sans préliminaires. Les dames poussent les premiers cris lorsque, prenant pied sur le fond boueux du lit de la rivière, les corps sous l’effet de leur poids s’enfoncent. Jusqu’au cuisses nous sommes, dans cette matière gluante et meuble à la fois, tantôt brune, tantôt verdâtre, d’où s’échappent des bulles d’air nauséabondes, et renfermant des trésors de crustacés vous mordillant ou coupant les orteils – en effet aucune chaussure ne tient au pied - Je porte Léo sur les épaules. L’atmosphère est lourde, à l’équateur. Je revois le film où le prisonnier s’échappe du camp et erre dans la mangrove au milieu des sables mouvants.
Au bout de deux heures de randonnée équatoriale – expérience unique et mémorable – nous apercevons le phare, et devons encore escalader les pilotis du vieux ponton. Le gardien, relevé tous les trois mois, nous accueille un peu surpris, avec de l’eau et du poisson grillé qu’il nous offre avec chaleur. Mais avant le repas il nous faut nous débarrasser de la boue qui colle. La mer est derrière la dune. Avec les dernières forces qui nous restent, nous l’escaladons et découvrons un paysage à couper le souffle : des draps de mer emprisonné entre d’autres dunes. Nous courons nous baigner dans ces piscines naturelles surchauffées.




Pour ma part, je dois reprendre la route, car aucune autre embarcation ne pourra venir nous chercher, et il me faut organiser le retour de tous. Seu Ribamar ne veut plus bouger. Le gardien me donne le nom de son cousin « Jojo », du dernier ranch, qui a une pirogue…. Je pars seul, passe par les dunes du littoral, survolées d’urubus (les vautours locaux). Après deux heures de marche, je trouve le ranch de « jojo » qui dort avec sa tribu, suspendu dans des hamacs. Il a du mal à comprendre, non à cause de la langue ou d’une sieste écourtée, mais en plus de soixante ans, il n’a jamais dû voir passer un gringo en short à fleurs venant de la part de son cousin et qui souhaite réquisitionner sa pirogue pour aller chercher sa famille et la fille de la patronne du bar du village qui sont prisonniers de la boue au phare … De toute manière c’est impossible car la pirogue est sur une dune, et il faudrait attendre 2 semaines et la grande marée pour la sortir de là.
Je continue ma route et découvre enfin la barre du village de Lençois. Je m’apprête maintenant à gagner le village à la nage quand, au loin, apparaît une barque de pêcheurs. Grands moulinets de bras et les voilà qu’il viennent. Eux, par contre, sans bien comprendre mon histoire qui devient de plus en plus exotique, trouvent ça normal, car en s’embarquant avec le vieux Ribamar, tout cela était inévitable me disent-ils.
En me faisant jurer d’attacher Ribamar aux pilotis du ponton du phare, ils me mènent jusqu’à l’autre rive ou je fais la connaissance de Martins. Martins fait des voyages avec le continent, mais voilà, il n’a plus de Diesel. Je lui propose un peu du nôtre, et lui promets un voyage inoubliable jusqu’à un phare. Pas de problème. En route, et première escale à Dolce Vita pour le combustible, puis les Igarapés de nouveau. Je retrouve notre zodiac. La marée est remontée, manette de gaz à fond je refais le chemin parcouru à pied il y a quelques heures en slalom spécial entre les arbres, quel pied ! Tout le monde est là à m’attendre au bout du ponton, Martins, parti devant, les ayant prévenus. Quelle joie ! Nous voilà sauvés. Nous n’oublierons pas ce jour et les amitiés qui se sont créées.




Maintenant il nous faut penser à notre prochaine navigation, soit plus de six cent milles pour gagner Cayenne en Guyane. Je passerai néanmoins encore une journée stressante à déposer, réparer puis reposer la pompe du dessalinisateur tombé en panne. Finalement nous partons et laissons derrière nous avec regret cette terre si attachante.

4 commentaires:

marilia a dit…

et beh !
je redécouvre bien les plans à la vincent ... qui seront dans les souvenirs les plus marquants de l'aventure !
je me demandais pourquoi tout d'un coup on créait un nouveau label "aventure" dans ce blog... entre le sauvetage de stuart et la traversée dans la boue facon papillon entre serpents et crocos... bientot une nuit à la belle etoile dans les vestiges du bagne de cayenne ?
on va attendre une petite ile paradisiaque bien tranquille avant de vous rejoindre ...
ca c'est de l'aventure !!!!
impressed indeed
gros bisous,
ma&dam

Anonyme a dit…

Oi pessoal,

Fiquei maravihado com as fotografias do Maranhão,paisagens fantásticas.
Vocês ficaram lindos com a maquiagem de lama.
tenho acompanhado o blog com bastante assiduidade, mas não vi nenhuma descrição em português sobre a costa Maranhense,PATRÍCIA DEIXE DE PREGUIÇA E ESCREVA !!!!!!!!!!

saudades e muitos beijos a vocês quatro

Beto, Jaque, Digo e Rafa

Elcia a dit…

Amigos!! Fiquei tão emocionada com a história de Little Stuart!! Mas achei que teria um final ainda mais feliz com aincorporação dele à tripulação... buáááááá'!!!
Beijos!
Elcia e Pitoco

Anonyme a dit…

Bonjour à tous.

Que dire de cet épisode, qui inspire bien des réflexions?

Je termine la lecture avec soulagement, en me disant que je garde des habitants du village de Famabougou, où je ne suis jamais retourné, qui est peut-être déserté aujourd’hui, près d’un quart de siècle après y avoir été ranimé par des habitants dans un dénuement absolu, alors que je m’étais égaré loin de mon convoi en plein Sahel, un souvenir probablement comparable à celui que vous garderez de ces villageois qui sont devenus des amis, des vrais, mais que vous ne reverrez peut-être pas avant longtemps, en gardant pour eux la mémoire de l'âme et du coeur, la sincère et véritable richesse d'avoir partagé ce qu'il y a de plus authentique en l'homme: la solidarité, la confiance, la bienveillance, en toute simplicité.
Que vous soyez des gringos sur une superbe maison flottante et eux des pêcheurs sans système monétaire, aux antipodes du modèle néo-libéral, mais à la mire de l'économie solidaire et soutenable, n'a pas d'importance, entre citoyens du monde. Quelles que soient vos convictions philosophiques et leurs traditions religieuses ou leurs croyances, ou bien la réalité pragmatique de leurs conditions d'existence, et toute la distance qui pourrait apparaître entre les leurs et les vôtres, vous avez trouvé le dénominateur commun qui permet d'échanger entraide, services, reconnaissance mutuelle et amitié.

Vos enfants garderont de tels épisodes un regard épanoui, extraordinairement enrichi.

On découvre en vous lisant une contrée et une aventure digne d'un récit de Corto Maltese, non sans frémir en se rappelant que ceux-ci sont des histoires de gentilshommes de bonne fortune, et que selon les situations, il y a des rencontres que l'on préfère éviter.

L'épisode du chiot sauvé a sûrement un sens, et qui sait si habituellement, ces gens peuvent se permettre, ou non, de dépenser une énergie pour aller sauver un petit canidé égaré, en proie à de probables prédateurs habitant la mangrove, ou bien si les humains de cette contrée sauvage et facilement hostile, malgré son aspect paradisiaque à la première apparence, n'ont pas précisément un respect de la vie très affûté, expérimenté par la rudesse et la rusticité de leur quotidien, qui leur a fait développer éventuellement un souci de la protection mutuelle et de la sauvegarde, au sein duquel votre alerte aura peut-être été considérée, si c'était le cas, comme la marque d'un esprit en intelligence, en ouverture, bienveillant et simple?

Le fait de voyager avec des enfants, d'être une famille, sans artifice et simplement presque semblable aux autres familles, peut vous faire apparaître, peut-être, comme des gens plus aisément dignes de sympathie et de convivialité.

Et bien entendu il vous impose de redoubler de prudence, mais à coup sûr, si vous étiez cantonnés dans des rôles d'extra-terrestres venant de la planète consommation, visiblement méfiants, cela vous servirait d'autant moins, à bien des égards.

Cette rencontre authentique en est probablement une parmi de nombreuses autres, tout en n'oubliant pas qu'il y a des zones de la planète, et certaines dont vous approcherez bientôt, où la protection et la prudence s'imposent comme prioritaires, mais votre humanisme et votre sociabilité vont vous ouvrir encore bien des portes durant les mois à venir.

Ce qu'il importe de saluer, c'est l'authentique sincérité avec laquelle vous nous faites vivre cet épisode, également, sans ménager notre émotion.

Nos pensées sont avec vous, assurément, et vos témoignages réguliers sont un partage exaltant.

Recevez nos encouragements, et nos remerciements renouvelés.

Bien affectueusement.

Philou.